Rapport du séminaire, Alger

Transition agroécologique dans les différents écosystèmes pour la lutte contre le changement climatique en Algérie : réflexions autour d’une approche multi-acteurs
Alger, le 29 juin 2025

Le Centre de recherche en économie appliquée pour le développement (CREAD) et le réseau multi-acteur d’agroécologie en Méditerranée (MEDAE) ont organisé un séminaire sur « Transition agroécologique dans les différents écosystèmes pour la lutte contre le changement climatique en Algérie : réflexions autour d’une approche multi-acteurs ». Le séminaire a vu la participation de partenaires du projet NATAE mais aussi des professionnels de l’agroécologie (agriculteurs, réseaux et organisations), des représentants de l’administration agricole, de l’enseignement supérieur, des chercheurs et des agents de développement ainsi que des représentants des médias.

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Le séminaire a été séquencé en trois sessions. La première traite de l’agroécologie dans différents agrosystèmes de l’Afrique du Nord, la deuxième est consacrée au témoignage d’un panel de professionnels en agroécologie (agriculteurs, réseaux et associations) et la troisième aux politiques et programmes pour la transition agroécologique.

Session 1 : L’agroécologie dans différents agrosystèmes de l’Afrique du Nord

Cette session, animée par Amel Bouzid, directrice de la division agriculture, territoire et environnement au CREAD, a été dédiée à des communications qui abordent l’agroécologie dans la région Afrique du nord à travers le prisme du projet NATAE. Mélanie Requiers-Desjardins a présenté le projet qui est consacré à la transition agroécologique en Afrique du Nord. Ce projet s’appuie sur l’outil des living lab déployés sur 7 sites en Afrique du nord (Algérie, Maroc, Tunisie, Egypte et Mauritanie), sur quatre types d’agrosystèmes : oasien, montagneux, céréaliers et périurbains et cinq replicants lab dans des localités avec les mêmes agrosystèmes. L’approche multi-acteurs et l’approche participative ont été adoptées pour le diagnostic territorial, les expérimentations de pratiques agroécologiques et l’élaboration de scénarios de transition agroécologique. Des résultats encourageants commencent à être perceptibles par rapport à l’adoption des pratiques agroécologiques et sur l’existence d’écosystèmes locaux capables de porter cette forme d’agriculture qui est capable de garantir la préservation des ressources naturelles, de la biodiversité et de la santé humaine.

Le réseau multi-acteurs sur l’agroécologie en Méditerranée (MEDAE) créé dans le cadre du projet NATAE a été présenté par Rita Jalkh, membre de l’executive board du projet. Ce réseau vise à créer une communauté de connaissances et de renforcement des capacités et à poursuivre les échanges et les collaborations au-delà et après le projet NATAE. La présence d’organisations de l’écosystème de l’agroécologie visait à susciter leur intérêt pour intégrer le réseau

Les premiers résultats du projet NATAE sont illustrés dans les présentations suivantes. Celle de Karima Boudedja, chercheur au CREAD et leader du living lab de Tizi-Ouzou, en Algérie, pour l’agrosystème montagneux, a abordé la concrétisation de la méthodologie et a abouti à l’élaboration de scénarios de transition agroécologiques qui ont intégré les pratiques agroécologiques expérimentées, dans le cadre du projet, mais aussi des aspects de gouvernance et de structuration des chaines de valeurs : la facilitation de l’accès aux ressources notamment la terre, le renforcement des compétences par le biais de la formation et l’organisation des agriculteurs et agricultrices par le biais de la création de coopératives. Souad Benmoussa, experte au living lab de Laghouat, en Algérie, dominé par l’agrosystème oasien et péri-oasien a signalé le déclin et la surexploitation des eaux souterraines dans le système oasien et la faible productivité et dépendance aux intrants du système péri-oasien. Des stratégies sont mises en place dans le cadre du projet pour, aussi bien limiter les effets climatiques, que ceux de l’agriculture intensive et pour la préservation des ressources naturelles (sol et eau). L’agrosystème céréalier est sans doute d’une importante stratégique pour les pays de l’Afrique du Nord. Le living Lab de Siliana en Tunsie a fait l’objet de la présentation de Mehdi Benmimoune, enseignant chercheur à l’INAT et membre de l’Executive board du projet NATAE. La dégradation des sols en raison des labours profonds, du morcellement des terres et de la monoculture, ont été identifiés comme des problèmes à redresser au cours du diagnostic territorial. Des combinaisons de pratiques agroécologiques : zéro labour, association de cultures, rotations, ont été testées chez des agriculteurs et commencent à être adoptés par les agriculteurs du territoire.

Après les présentations, le débat a été très riche et les questions ont concerné les outils méthodologiques utilisées dans le projet et auquelles Mélanie Requier-Desjardins a apporté des éclaircissements quant à leur adaptation aux contextes locaux des living lab. Les autres intervenants ont profité du débat pour s’étaler plus sur l’identification des combinaisons de pratiques agroécologiques testées et les macanismes mis en place pour assurer la diffusion et la durabilité de ces pratiques.

Session 2 : Le panel de professionnels en agroécologie

Cette session a été animée par Aissa Belhadi, chercheur au CREAD. Les différents acteurs du panel ont évoqué leurs différentes riches expériences avec l’agroécologie. Certains ont découverts l’agroécologie en adoptant des modes de production qui préservent la santé des consommateurs. C’est le cas des associations Torba (Alger), Tarwa Iakourene (Yakourene-Tizi-Ouzou) et El Argoub (Laghouat). D’autres ont hérité de ce mode de production c’est le cas de l’agricultrice Imène Chebli et de l’agriculteur Anouar Boubakri, de Tunisie. Dans le cas de Imène Chebli c’est grâce à sa grand-mère, avec ses conseils, qu’elle s’est imprégnée des pratiques agroécologiques. Anouar Boubakri a appris dans le tas ces pratiques étant issu d’une famille d’agriculteurs et d’éleveurs. Un cas de conviction dans le choix de l’agroécologie comme mode de production, est illustré par l’agriculteur tunisien Amin Ben Abdallah. Il a choisi cette voie dès le lancement de son activité agricole. Il s’est bien imprégné des principes agroécologiques et fait apparaitre clairement son engagement manifeste pour ce mode de production. Il est à l’origine de la création et du lancement du réseau tunisien de la transition agroécologique (RTTA). Le dernier témoignage est celui d’un agriculteur et ex-cadre du secteur agricole à Sétif, à 350 km à l’Est d’Alger. Il explique dans son témoignage que celle-ci « est venue » à lui. Il a découvert durant un déplacement en Tunisie le non labour et ses rendements qui peuvent être supérieurs à ceux de l’agriculture conventionnelle. Après l’essai du non labour dans son exploitation, il est devenu un fervent défenseur de cette pratique et ne ménage pas ses efforts pour en convaincre d’autres, même s’il reconnait que les adhésions sont mitigées. Torba à Alger, l'association Tarwa Iakourene à Yakourene, Tizi Ouzou, et l'association des El Argoub à Laghouat. D'autres, comme les agriculteurs tunisiens Imène Chebli et Anouar Boubakri, ont hérité de ce mode de production. Imène Chebli attribue aux conseils de sa grand-mère son immersion dans les pratiques agroécologiques. Anouar Boubakri a appris directement par l'expérience, en grandissant dans une famille d'agriculteurs et d'éleveurs. L'agriculteur tunisien Amin Ben Abdallah est l'exemple même de quelqu'un qui a choisi l'agroécologie comme mode de production. Il s'est engagé dans cette voie dès le début de sa carrière agricole. Il s'est imprégné des principes de l'agroécologie, démontrant ainsi son engagement pour ce mode de production. Il a contribué à la création du Réseau tunisien pour la transition agroécologique (RTTA). Un autre témoignage est celui d'un agriculteur et ancien cadre du secteur agricole à Sétif, à 350 km à l'est d'Alger. Dans son témoignage, il explique que l'idée lui est venue. Lors d'un voyage en Tunisie, il a découvert l'agriculture sans labour et ses rendements supérieurs à ceux de l'agriculture conventionnelle. Après avoir testé le semis direct sur ses propres terres, il est devenu un fervent défenseur de cette pratique et fait tout son possible pour convaincre les autres, même s'il reconnaît que l'adoption de cette méthode est mitigée.

Enfin, il ressort des expériences des différents membres du panel que le rôle du mouvement associatif est crucial dans la diffusion des pratiques agroécologiques.

Malgré quelques contraintes soulevées par les membres du panel notamment les difficultés d’accès à la terre (surtout pour les femmes) ; l’absence de certification (label); la difficulté de gérer la flore adventice ; la règlementation qui peut être contraignante surtout dans le cas de la multiplication des semences paysannes ; le manque de matériel agricole adéquat, les membres du panel sont optimistes en raison de la demande croissante des produits agroécologiques et l’intérêt de différents partenaires : chercheurs, administrateurs, techniciens à cette forme d’agriculture.

Session 3 : Politiques et programmes pour la transition agroécologique

Cette session, animée par Amine Oulmane, chercheur au CREAD, a été consacrée aux politiques et programmes de développement des formes de l’agriculture alternatives pour la lutte contre le changement climatique en Algérie : agriculture biologique, agriculture de conservation et agroécologie, y compris les efforts déployés en termes de formation et renforcement des compétences, mais aussi de conseil agricole.

La première communication a été présentée par Naima Bouras, sous directrice de l’agriculture biologique et de la labellisation au Ministère de l’agriculture, du développement rural et de la pêche. Elle a mis en exergue les programmes dont les objectifs s’accordent avec les principes de l’agroécologie, sans pour autant qu’il y ait un programme clairement déclaré comme tel. La préservation des ressources eau et sol est clairement prioritaires et se concrétise par le programme de promotion des dispositifs d’irrigation économe en eau et le programme du barrage vert contre la désertification et la conservation des sols. Alors que la préservation du patrimoine génétique et des semences locales fait partie des objectifs du programme de labellisation et de différenciation des produits. La deuxième communication assurée par Lydia Chaou de l’Institut Technique des Grandes Cultures (ITGC) a été dédiée au programme de l’institut pour pallier aux effets des changements climatiques de la production céréalière notamment l’aridité. L’institut travaille sur les variétés de semences adaptées aux différentes zones agroécologiques et des pratiques qui limitent la dégradation des sols et l’utilisation des engrais chimiques. Le dispositif de conseil agricole public intègre les thématiques des formes d’agriculture alternative dans les programmes des institutions publiques de conseil agricole. Mohamed Abdelmoutaleb, directeur adjoint de l’Institut National de la Vulgarisation Agricole (INVA) a présenté les canaux et moyens déployés (programmes radiophoniques, séances de démonstration, formations des agriculteurs) pour diffuser des thématiques en cohérence avec les programmes présentés par Naima Bouras. La conclusion tirée est qu’une marge de progression reste possible et que les programmes de recherche comme le projet NATAE peuvent constituer une source de résultats à diffuser en termes de pratiques et principes de l’agroécologie. Le même constat peut être fait pour la formation agricole. Brahim Bouchareb a présenté l’intégration de l’agroécologie dans les programmes de formation de l’enseignement supérieur et professionnel en agriculture. Même si celle-ci évolue, là également une progression est possible et la coopération internationale peut jouer un rôle, grâce aux projets de recherche et les projets de développement pour combler le retard dans ce domaine.

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Le débat a permis d’apporter plus de précision sur les programmes abordés et sur la nécessité de coordonner les efforts des acteurs, et donc l’adoption d’une approche multi-acteurs, pour permettre la mise en œuvre efficace et durable de l’agroécologie, selon les solutions adaptées aux agrosystèmes et aux contextes locaux.

Séminaire - Transition agroécologique et climat en Algérie

Séminaire

Transition agroécologique dans différents écosystèmes pour lutter contre le changement climatique en Algérie : réflexions sur une approche multi-acteurs

Résumé

Ce séminaire a été organisé dans le cadre du projet NATAE pour aborder la transition agroécologique face au changement climatique. L'objectif était de discuter des impacts du climat sur les écosystèmes, de promouvoir le réseau MEDAE et de renforcer l'engagement des parties prenantes. L'événement visait à soutenir les politiques publiques en faveur de l'agroécologie et des systèmes alimentaires durables, à mettre en lumière les initiatives locales et à mettre en commun les résultats de la recherche. Un autre objectif était d'intégrer les initiatives algériennes pour la transition agroécologique dans une approche régionale, afin de partager les efforts et les ressources.

Programme

  • 10:00 - 10:30 - Accueil des participants - Inscription
  • 10:30 - 11:00 - Cérémonie d'ouverture
    Modérateur : Karima Boudedja
  • 11:00 - 11:30 - Pause café
  • 11:30 - 13:30 - Session 1 : L'agroécologie dans les différents agroécosystèmes d'Afrique du Nord
    Modérateur : Amel Bouzid
  • 13:30 - 15:00 - Pause déjeuner
  • 15:00 - 16:00 - Session 2 : La voix des professionnels de l'agroécologie
    Modérateur : Aissa Belhadi
  • 16:00 - 17:30 - Session 3 : Politiques et programmes pour la transition agroécologique
    Modérateur : Amine Oulmane
  • 17:30 - Débat et conclusion

Cliquez ici pour en savoir plus et télécharger l'agenda complet

RIAM à la 17ème édition du SIAM à Meknès

Du 21 au 27 avril, le RIAM a participé à la 17ème édition du Salon International de l'Agriculture de Meknès (SIAM), l'une des plus grandes manifestations agricoles de la région. Le 23 avril, le RIAM a contribué à la conférence "Pratiquer des solutions durables pour préserver les sols agricoles et l'eau". organisée par la délégation de l'Union européenne.

Au cours de la session, le RIAM a présenté ses activités dans le cadre du projet NATAE, en mettant l'accent sur les pratiques agricoles durables. La conférence visait à :

  • Sensibiliser et partager les connaissances sur la gestion efficace de l'eau et des sols
  • Mettre en évidence les approches innovantes et intégrées, en particulier l'agroécologie, en tant que solutions aux défis environnementaux actuels.
  • Identifier des stratégies concrètes pour renforcer la résilience du secteur agricole marocain

Le RIAM a partagé des informations sur ses programmes de formation, ses visites croisées et ses travaux en cours sur les systèmes de garantie participatifs (SPG) en agroécologie, mettant en évidence sa contribution à une agriculture plus durable et plus résiliente au Maroc.

NATAE - Meknes1

École internationale de terrain dans l'oasis de Kébili | Avril 2025

Organisée par l'équipe de l'INAT en collaboration avec les agriculteurs et les acteurs socio-économiques locaux, l'école internationale de terrain a rassemblé 18 étudiants de Tunisie et des pays partenaires de NATAE dans l'oasis de Kébili.

Cette expérience immersive a permis aux participants de développer des compétences pratiques sur le terrain tout en contribuant à l'analyse des dynamiques territoriales dans les écosystèmes oasiens. À l'aide d'outils participatifs et d'enquêtes de terrain, les étudiants ont travaillé sur trois domaines thématiques : biodiversité, gestion de l'eau et chaînes de valeur des oasisLa Commission européenne a également publié un rapport sur la transition agroécologique, qui propose des stratégies concrètes pour une transition agroécologique réussie.

Les contacts avec les agriculteurs ont eu lieu dans des oasis traditionnelles et modernes, et ont donné lieu à des échanges enrichissants avec l'association des femmes. Val'oasis. Les élèves ont découvert des produits locaux et se sont familiarisés avec l'initiative Jemna, un modèle inspirant de gestion collective d'oasis dans le cadre de l'économie sociale et solidaire.

Le programme s'est achevé par des présentations et des recommandations faites par les étudiants, partagées avec les acteurs locaux lors d'une séance de clôture qui a encouragé le dialogue et la collaboration.

Suite des visites croisées au Maroc avec le laboratoire vivant de Skoura M’Daz (ENAM)

Du 5 au 8 avril 2025, l´ENAM (Ecole Nationale d’Agriculture de Meknes) a accueilli la troisième visite croisée organisée dans le cadre du projet NATAE Chercheurs et étudiants de l’ENAM se sont mêlés à une vingtaine d’agriculteurs, de chercheurs et d’acteurs du développement venus de Tunisie, Mauritanie, France, Italie et Pays-Bas pour partir à la découverte des activités du laboratoire vivant de Skoura M’Daz. Le groupe de participants incluait des représentants des laboratoires de Siliana (Tunisie), PK 17 (Mauritanie), ainsi que des chercheurs de WUR, l´AIMM et l´IAMB.

Les participants se sont rendus dans la province de Boulmane, dans la partie orientale du Moyen Atlas marocain, afin de découvrir le laboratoire de Skoura M’Daz situé en agroécosystème montagneux. Ces quatre jours de visite ont été structurés autour de deux grands enjeux :

(i) la conservation et l’adaptation des savoirs et savoir-faire locaux ainsi que de la biodiversité ;

(ii) l’inclusion socio-économique des jeunes et des femmes grâce à la filière des plantes aromatiques et médicinales (PAM).

En plus de plusieurs visites d’exploitations agricoles et de coopératives de valorisation et de commercialisation des PAM, les participants ont également visité la plateforme AgriTech de l’ENAM consacrée au développement et à la démonstration d’outils agricoles « low tech » et ont pu faire le tour du laboratoire vivant d’Ait Otmane situé en zone péri-urbaine et lui aussi mis en place dans le cadre du projet NATAE. Chacune de ces journées s’est conclue par l’organisation de temps d’échanges et de restitution pour permettre aux participants de revenir sur ce qu’ils ont vu et appris, ainsi que de mettre en avant des similitudes ou différences en lien avec leurs propres expériences et expérimentations dans leurs laboratoires.

(i) Conservation et adaptation des savoirs et savoir-faire locaux ainsi que de la biodiversité

Les différentes visite et échanges ont permis de mettre en lumière que les savoirs et savoir-faire locaux relatifs à l’utilisation et la valorisation de la biodiversité locale permettent d’améliorer la résilience des cultures et de participer au maintien des rendements, en particulier dans le contexte du changement climatique. Ces pratiques incluent le semis-direct, la rotation et la diversification des cultures, la production autonome de semences ou encore l’utilisation de techniques d’irrigation raisonnée. Les personnes rencontrées accordent toutes un fort intérêt pour la transmission intergénérationnelle des savoirs et viennent compléter cet héritage en introduisant progressivement dans leurs systèmes de production de nouvelles pratiques agroécologiques ou de nouvelles cultures (safran, lavande, fenugrec,…).

(ii) Inclusion socio-économique des jeunes et des femmes grâce à la filière des PAM

Les deux coopératives féminines visitées, la coopérative Ennahah à Ifrane et la coopérative Safirat Alachaab à Skoura, ont profondément impressionné les participants à la visite croisée du fait de leurs capacités de production, de valorisation et de commercialisation des PAM. En permettant à leurs membres de se structurer et d’augmenter leurs revenus, ces coopératives représentent de véritables modèles d’autonomisation sociale et économique pour les femmes rurales. Leur fonctionnement collectif, flexible et solidaire permet une répartition équitable des revenus ainsi qu’une prise en compte des charges familiales de chacune des membres. Dans ces deux coopératives les PAM étaient initialement cueillies dans les forêts environnantes mais, face à la demande croissante pour certaines plantes et devant la raréfaction de plusieurs espèces endémiques, les femmes se sont organisées pour cultiver les PAM sur des parcelles appartenant à la coopérative ou sur leurs propres parcelles. Sur ce point, plusieurs besoins ont pu émerger des échanges tenus avec ces femmes, notamment en matière de formation sur la domestication des PAM et sur leur multiplication végétative et générative. Les discussions inter-pays entre les participants à la visite croisée ont révélé que, malgré des contextes très différents, les coopératives féminines apparaissent comme de réels leviers d’innovation, de durabilité et d’inclusion.

La prochaine et dernière visite croisée prévue dans le cadre du projet NATAE se tiendra en novembre en Mauritanie, dans le laboratoire PK 17. Situé en proche périphérie de la capitale, Nouakchott, les participants y découvriront quelles combinaisons de pratiques agroécologiques peuvent être mises en place en milieu péri-urbain.

Activités du living lab de Tizi-Ouzou (Session de formation)

Dans le cadre du projet NATAE sur la transition agroécologique, le CREAD a organisé, les 27 et 28 avril, une formation dédiée à l’extraction des huiles essentielles et des hydrolats à partir de plantes aromatiques et médicinales. Cette session s’adressait aux femmes engagées dans le Living Lab de Tizi-Ouzou, impliquées dans le scénario portant sur le développement d’activités agroforestières. L’objectif est de renforcer les capacités locales face aux effets du changement climatique et à la rareté des terres agricoles.

Webinar Medae : Comment l'agroécologie peut-elle être un levier pour l'émancipation des femmes en Afrique du Nord ?

Les MEDAE a le plaisir de vous inviter à participer au webinaire " Comment l'agroécologie peut-elle être un levier pour l'émancipation des femmes en Afrique du Nord ? qui aura lieu le mardi 22 avril 2025 (14:00 -16:00 CET).

 

Résumé :

Ce webinaire se penchera sur la place des femmes dans les systèmes alimentaires en Afrique du Nord et sur la manière dont l'agroécologie contribue à leur autonomisation. Des présentations de chercheurs et d'agriculteurs de Tunisie, d'Algérie et du Maroc permettront de mieux comprendre comment l'agroécologie peut renforcer l'autonomie des femmes rurales, en leur permettant d'accéder à de nouvelles opportunités économiques et de participer à des dynamiques territoriales collectives. Plusieurs sessions de questions-réponses seront organisées pour permettre aux participants de réagir aux présentations et de partager leur propre expérience et leur vision d'un développement rural plus inclusif.

Le webinaire se déroulera en français, avec une traduction en anglais.

 

Programme (CET) :

14h00-14h10 - Accueil, contextualisation du webinaire, présentation du webinaire et des intervenants
Morgane Gaudin, Coordinatrice du réseau MEDAE - Association CARI

14h10-14h20 - Introduction du webinaire : Rôle et place des femmes dans l'agroécologie en Afrique du Nord
Zoubir Chattou, chercheur à l'Ecole Nationale d'Agriculture de Meknès (ENAM)

14h20-14h35 - TUNISIE : Les femmes néo-rurales s'installent en agroécologie dans les systèmes oasiens et périurbains
Imene Chelbi, agricultrice et fondatrice de la ferme El Rochen

14h35-14h55 - Première session de questions et réponses

14h55-15h10 - ALGERIE : Agroécologie et émancipation des femmes rurales dans les agroécosystèmes de montagne
Karima Boudedja, chercheur principal au Centre de Recherche en Economie Appliquée pour le Développement (CREAD)

15h10-15h25 - MAROC : Agroécologie et émancipation des femmes rurales dans les agroécosystèmes de montagne
Ghizlane Echchgadda, enseignant-chercheur à l'Ecole Nationale d'Agriculture de Meknès (ENAM)

15h25-15h45 - Deuxième session de questions et réponses

15h45-15h55 - Remarques finales du grand témoin
Rachel Bezner Kerr, enseignante à l'université de Cornell

16h00 - Fin du webinaire

 

L'inscription est obligatoire, alors inscrivez-vous dès maintenant ici.

La deuxième visite croisée, quand l'oasis devient un laboratoire : une réunion de partage des connaissances au Living Lab de Laghouat (Algérie)

Du 19 au 23 février 2025, le Living Lab de Laghouat a accueilli une visite croisée durant laquelle experts locaux et internationaux ont partagé leurs savoirs et expériences face aux défis climatiques et économiques contemporains. Pendant cinq jours, les participants ont exploré ensemble comment conjuguer techniques ancestrales et approches innovantes pour bâtir des systèmes agricoles résilients et durables.

La seconde visite croisée du projet NATAE a rassemblé une vingtaine d'experts venus du Maghreb et d'Europe : agriculteurs du LL de Laghouat et de Tizi Ouzou (Algérie), acteurs des laboratoires de réplication de l'Adrar (Mauritanie) et de Kébili (Tunisie), ainsi que des chercheurs du CREAD, de l’INAT (Tunisie) et de WUR (Pays-Bas).

L'association El Argoub, a organisé un programme structuré autour de trois enjeux majeurs :

  • la gestion de l'eau face à la sécheresse
  • la transformation et valorisation des productions
  • la co-construction des savoirs via les groupements collectifs

Les visites de terrain ont constitué la colonne vertébrale de ces échanges. Au cœur des jardins traditionnels, les participants ont analysé ensemble le système ancestral de "tour d'eau" via les séguias. Les agriculteurs locaux ont partagé leurs techniques de gestion collective de cette ressource rare, suscitant des comparaisons enrichissantes avec les pratiques tunisiennes et mauritaniennes. La visite du barrage souterrain inferoflux de Tadjmout, qui permet à la fois le captage des eaux de crues tout en évitant les pertes par évaporation, a amorcé des débats animés entre hydrogéologues, chercheurs et agriculteurs sur les infrastructures hydrauliques adaptées aux zones arides.

Dans les exploitations agricoles visitées, chaque participant a pu interroger, comparer et documenter les systèmes intégrés polyculture-élevage spécifiques au contexte oasien. Les agriculteurs mauritaniens ont partagé leurs pratiques d'adaptation à des conditions encore plus arides, tandis que les Tunisiens ont présenté leurs innovations en matière d'irrigation économe. Ces échanges directs sur le terrain ont permis d'identifier collectivement les facteurs de résilience des systèmes agricoles face aux bouleversements climatiques.

Les ateliers ont permis de décortiquer méthodiquement les observations de terrain. Un premier atelier dédié à la gestion de l'eau a confronté les techniques traditionnelles aux approches technologiques modernes. Les participants ont cartographié l'ensemble des solutions observées, évaluant leur transférabilité d'un territoire à l'autre.

Un second atelier centré sur les chaînes de valeur a disséqué les processus de transformation observés dans plusieurs unités de production. Les agriculteurs ont présenté leurs techniques de valorisation des sous-produits des dattes, de fabrication fromagère et d'apiculture, déclenchant des échanges techniques détaillés sur les procédés, les équipements, les coûts et les stratégies de commercialisation. Les circuits courts et l'e-commerce ont fait l'objet d'analyses comparatives entre les différentes régions représentées. L'atelier consacré à la co-construction des savoirs a particulièrement marqué les participants. L'association El Argoub a exposé son modèle organisationnel, suscitant une réflexion collective sur les structures coopératives comme leviers d'innovation agricole.

Ces différents échanges et débats ont permis de formaliser les apprentissages, d'identifier les pratiques transférables et apporter des expertises et des savoirs nouveaux. Ces moments d'intelligence collective ont recommandé de maintenir le réseau d'échange et de le pérenniser afin de créer une communauté transfrontalière d'innovation agricole adaptée aux défis climatiques des zones arides.

La dernière journée a été consacré à la découverte de l’Atlas Saharien et du Djebel Amour, révélant l'histoire millénaire de cette région où l'ingéniosité humaine a toujours su s'adapter aux contraintes environnementales. Le Ksar de Taouiala, ses jardins en terrasses et son système d’irrigation ainsi que les stations de gravures rupestres, dont la célèbre "éléphante protégeant son éléphanteau" d'El Ghicha, choisie par l'UNICEF comme symbole de la protection de l'enfance, témoignent de la profondeur temporelle des relations entre l'Homme et son environnement dans cette région.

Cette semaine d'immersion professionnelle a démontré que l'agriculture oasienne, loin d'être une relique du passé, constitue un modèle d'avenir où savoirs traditionnels et innovations techniques s'allient pour façonner des systèmes agricoles résilients et durables.

Mise à jour des activités du Living Lab de Skoura

L'équipe de l'ENAM a récemment accueilli deux étudiants en master de l'Université de Wageningen dans le cadre du projet NATAE. L'un des étudiants, Luigi Lugaresi, a travaillé sur les aspects techniques et l'expérimentation de l'association du fenugrec, une plante aromatique et médicinale, avec les oliviers à Skoura. L'autre étudiante, Fay De Beer, s'est concentrée sur l'étude et la réalisation d'enquêtes auprès d'agriculteurs et d'agricultrices, à l'intérieur et à l'extérieur des coopératives du laboratoire vivant de Skoura. Pour son travail, elle devait organiser un groupe de discussion avec les femmes de la coopérative Safirat Al Aachab. Safa Aatig, qui fait partie de l'équipe de l'ENAM, a donc organisé cette session et a participé en tant qu'animatrice, facilitatrice et traductrice au groupe de discussion. L'objectif était de recueillir les idées des femmes sur leur vision du développement futur de la coopérative et sur les techniques qu'elles jugent nécessaires pour faire de cette vision une réalité.

Le 1er mars 2025 à Skoura M'daz, les membres de la coopérative Safirat Al Aachab ont partagé leur vision de l'avenir dans le cadre d'une discussion de groupe. En 2035, les trois membres participants ont pour objectif de cultiver 100% de leurs matières premières, contre 70% actuellement achetées à l'extérieur. Cela comprend également l'expansion de la culture de plantes médicinales et aromatiques telles que le safran, la lavande et l'origan, qu'ils ont commencée en 2024 et 2025.

Les membres de la coopérative ont souligné leur volonté de maintenir la structure petite et soudée de la coopérative et ne veulent pas admettre de nouveaux membres. Ils envisagent de cultiver environ 10 hectares d'ici 2035 avec des terres en propriété et en location et de se concentrer sur des pratiques durables telles que l'irrigation au goutte-à-goutte. En outre, ils se sont montrés intéressés par l'obtention de la certification ONSSA, qui les aiderait à demander des subventions gouvernementales et à améliorer leurs produits. Cependant, ils continuent de réaffirmer leur engagement à réinvestir tous les bénéfices dans la coopérative et à ne pas en tirer de revenus personnels.